Salut à toi jeune amateur de Gros Calibres ! Si tu aimes les plongeuses française alors ce nouvel article est fait pour toi.
Et il n’y a pas de meilleur jour qu’en ce 10 octobre pour le publier car c’est aujourd’hui officiellement la journée internationales de l’horlogerie !

Nous allons donc vous faire la review de 3 montres françaises actrices de l’univers diver :
- La LIP Nautic 666
- La Charlie Paris Concordia GMT
- La Yema Superman Date CMM10
Nous n’allons pas confronter ces montres car elles sont sur des segments tarifaires différents mais cela nous fait vraiment plaisir de vous parler de ces frenchies.
LIP Nautic 666 : la diabolique française des profondeurs

Dans les années 60, la plongée est à la mode. Cousteau passe à la télé, les clubs de plongée se multiplient et l’horlogerie veut sa part de grand bleu. En France, Yema avait déjà dégainé sa Superman (1967) avec une étanchéité annoncée de 300 mètres, excusez du peu. Mais chez LIP, on ne reste pas sur la touche : en 1967 débarque la Nautic 3, suivie de la fameuse Nautic-Ski, et dans la foulée la Nautic 666.
Alors pourquoi 666 ? Tout simplement parce que 666 feet = environ 200 mètres. Un chiffre qui parlait aux marchés américains et suisses, et qui, soyons honnêtes, avait une sonorité bien plus percutante que “200 m” sur un cadran. C’était la promesse d’une vraie montre-outil, capable d’accompagner les plongeurs dans leurs explorations sous-marines… ou juste les vacanciers français à Saint-Raphaël.
Sa place dans l’histoire
Ce n’était donc pas la première plongeuse française étanche à 200 mètres, la Superman avait déjà ouvert la voie avec son positionnement “plus profond, plus costaud”. Mais la Nautic 666 a marqué autrement en démontrant une volonté de LIP de montrer que Besançon savait aussi jouer dans la cour des grands.

La Superman, c’était la plongeuse “professionnelle” avant l’heure. La Nautic 666, c’était la montre grand public qui a accompagné des milliers de Français dans leurs années 70. Plus démocratique, moins élitiste, mais tout aussi marquante dans l’imaginaire.
La renaissance contemporaine
Aujourd’hui, la Nautic 666 revient dans une version modernisée qui n’a pas oublié son ADN. Sous le capot, on trouve un mouvement Miyota 8215, renommé ici R26 en hommage à la référence historique des années 60. Un clin d’œil patrimonial qui sonne bien, même si on parle d’un calibre japonais rustique et éprouvé : 21 rubis, 42 heures de réserve de marche, remontage automatique unidirectionnel. Pas de haute horlogerie, mais une mécanique simple, fiable et qui assure le job.


Le cadran bleu soleillé de notre exemplaire est une vraie réussite : lumineux sans être criard, il capte la lumière comme une mer d’été. Les index appliqués, généreusement lumés, assurent la lisibilité, et les aiguilles bâton renforcent le côté outil. L’ensemble est coiffé d’un verre saphir bombé, avec un cyclope au dessus de la date à 3h. Le détail qui divise : certains trouvent que ça alourdit la ligne, d’autres adorent ce petit clin d’œil vintage. Chez Gros Calibres, on dira juste que ça participe au charme de la montre.


Les aiguilles ont été modernisées par rapport au modèle vintage mais permettent une excellente lecture de l’heure.

La lunette en aluminium, très classique, reste propre et lisible.
Rien à signaler côté lume, c’est impeccable et la luminescence tient longtemps.

Le débat “manufacture”

C’est là que la polémique pointe son nez : LIP aime mettre en avant le côté “fabriqué en France, arc horloger de Besançon”, ce qui est vrai pour le design, l’assemblage et une partie du développement. Mais certains amateurs grincent des dents à cause du calibre japonais rebadgé. Est-ce vraiment “manufacture” ? Pas dans le sens puriste suisse du terme. C’est plutôt une stratégie de rétro-ingénierie : LIP utilise, avec l’accord du fabriquant japonais, un mouvement éprouvé en le décortiquant et en le « reconstruisant » via des fournisseurs du cercle bisontin. Une forme de compromis entre patrimoine et réalité industrielle.

Il faut tout de même noter que le pont de rouage et la masse oscillante sont personnalisés et le rendu est très sympa mais de là à écrire « Manufacture » sur le cadran et le fonds de boîte…
Les petits défauts
Parce qu’on est Gros Calibres, on ne va pas enjoliver : le bracelet acier manque un peu de souplesse, avec des maillons cassants et une finition qui ne rivalise pas avec les grandes maisons. Ce n’est pas rédhibitoire, mais ça rappelle que la Nautic joue en catégorie “accessible”.

Enfin, la finition générale de la montre même si elle est loin d’être catastrophique est en dessous des Nautic 3, qui sont vendues 200 € de plus « seulement ».

Verdict
La Nautic 666 moderne n’est pas une plongée dans la haute horlogerie, mais une montre qui fait le lien entre une époque héroïque, celle des années 60 où la France voulait rivaliser avec la Suisse et aujourd’hui, où l’on redécouvre le plaisir de porter une montre française, fiable, bourrée d’histoire et avec une volonté de faire travailler des entreprises locales.
Le tout pour 980 € TTC et avec une garantie de 3 ans, c’est clairement placé et on peut lui pardonner certaines finitions « basiques ».
Dirigeons nous maintenant vers un challenger de poids.
Charlie Paris Concordia GMT « Bleu Antarctique » : l’exploratrice parisienne qui assume le voyage… sans renier la plongée
Charlie Paris avance sans héritage mais avec des idées claires : une montre d’exploration moderne, assemblée en France, étanche 300 m, et propulsée par un Soprod C125 suisse. La version Bleu Antarctique illustre bien ce cahier des charges, avec un parti-pris technique cohérent et une identité visuelle maîtrisée.

Ici à Gros Calibres, on adore nos Parisiens du sixième et nous avions déjà testé l’année dernière leur proposition quartz, de la Concordia, très intéressante :
Voici venue le temps de tester leur plongeuse automatique GMT.
Boîtier & ergonomie
Boîtier 40 mm en acier 316L, 47,5 mm de corne-à-corne pour 12,5 mm d’épaisseur : des proportions équilibrées qui passent sur la majorité des poignets. Verre saphir bombé (avec antireflet) et fond vissé transparent. La couronne vissée participe aux 30 ATM annoncés.


Lunette & lecture des fuseaux (le point clé)
Ici, pas de renoncement à la plongée : la montre conserve une lunette unidirectionnelle graduée 60 minutes pour le timing d’immersion. La lecture GMT se fait via un anneau 24 h interne sur le rehaut (bicolore jour/nuit) ; l’ensemble permet de conserver l’ADN « diver » tout en offrant un vrai outil pour voyager.

Cadran & lisibilité
Cadran bleu légèrement sablé, index appliqués et aiguilles généreusement lumés donnant un excellent rendu, date à 6 h pour préserver la symétrie : une construction claire, efficace, sans effets superflus.

Mouvement
À l’intérieur, le Soprod C125 : 4 Hz, 40–42 h de réserve de marche, antichoc Incabloc. Un choix crédible dans ce segment pour qui veut une complication utile et fiable.


Forces
- Vraie tool watch de voyage qui reste une plongeuse fonctionnelle (lunette 60 min + 300 m).
- Proportions bien tenues (40 / 47,5 / 12,5).
- Cadran lisible et rehaut 24 h intégré intelligemment.
- Bracelets interchangeables pratiques (acier/nylon/caoutchouc).

Limites
- Mouvement GMT type caller style : l’aiguille GMT est réglable, mais le mécanisme du saut horaire n’est pas dupliqué pour l’aiguille locale, c’est l’aiguille GMT qu’on ajuste pour indiquer l’autre fuseau. C’est souvent moins flexible pour les voyageurs qui veulent avancer ou reculer leur heure locale sans toucher l’heure de référence.
Verdict
Une GMT française moderne qui n’abandonne pas sa nature de plongeuse : lunette 60 min pour l’eau, rehaut 24 h pour l’air. Le positionnement est clair, l’exécution sérieuse, et la lecture au quotidien reste exemplaire. Pour qui veut voyager sans se fâcher avec le club de plongée, la Concordia GMT « Bleu Antarctique » coche les cases utiles… sans fanfaronnade inutile.

Son prix de 1345 € TTC sur son strap caoutchouc rend la proposition très intéressante. La garantie est ici de 2 ans.
Repartons vers le Doubs avec une Mortuacienne qui a fait couler beaucoup d’encre.
Yema Superman Dato CMM10
Vous connaissez tous la Yema Superman et, chez Gros Calibres on aime Yema, car nous avons une histoire avec la marque et ce sont aussi nos copains, voir un peu notre famille…
Alors quand une nouvelle Superman s’apprête à sortir, nous sommes sur le pont !
Lorsqu’en avril dernier, nous furent invités à visiter les nouvelles installation de la marque, je vous recommande de lire cet article paru au printemps :
Le concept de cette Dato
Christopher Bôle, directeur général de Yema, proposa de nous dévoiler la nouvelle Superman avec date et mouvement manufacture CMM10 (nom de code officieux CMM11).
Nous étions dans la salle de réunion et la montre nous fut présentée :
- Plus de bloc lunette physique
- Date à 6h
- Boitier skin diver avec cornes non percées
Comment ça plus de bloc lunette ? Mais c’est une blague ?!
Ne paniquez pas, elle dispose bien d’un bloc lunette mais pas comme nous pourrions le penser.
Pour que vous puissiez mieux comprendre, vous pourrez voir la vidéo de notre unboxing du prototype prêté par Yema où tout est expliqué :
Plus besoin de dévisser la couronne pour manipuler la lunette et surtout on ne risque plus d’arracher le bloc lunette en le frottant à des vêtements, notamment les pullovers !
Ce système « click to unlock » est effectivement plus pratique mais pose trois problèmes potentiels :
- Perte d’une partie l’ADN du modèle (bloc lunette et protège couronne)
- Boitier plus épais
- Étanchéité de 200 mètres au lieu de 300 mètres
Historiquement une Superman c’est ça :

Mais quid de cette nouvelle version alors ? On la jette à la poubelle ?

Le nouveau système de bloc lunette intégré augmente effectivement l’épaisseur de la montre de 0.85 mm (11.85 mm pour la Dato contre 11 mm pour une Superman Bronze CMM10 par exemple).
Mais cette épaisseur est-elle rédhibitoire ? La LIP et la Charlie Paris que nous venons de vous faire découvrir font respectivement 13 et 12.5 mm, il n’y a donc pas forcément de quoi crier à la trahison.

Quand la montre a été présentée, certains lui trouvaient une ressemblance avec la Tudor BB58, la fameuse Black Bay, adulée par les fanatiques de la marque :

Au début, je trouvais la comparaison pas terrible à cause du côté Tutu-like mais, en réfléchissant, si on part du principe que cette Superman Dato est un modèle différent des autres Superman à bloc lunette iconique, pourquoi ne pas la comparer effectivement à la Tudor ?

J’ai d’ailleurs fait un petit tableau comparatif :


Les finitions :
La Superman Dato inaugure un boîtier en acier 316L redessiné, sans protège-couronne, avec des cornes plus courbées pour un meilleur confort au poignet.
Le boîtier présente une finition brossée verticale sur les flancs, avec des chanfreins polis qui créent un contraste raffiné entre surfaces mates et éléments miroir. Le diamètre proposé est de 39,5 mm ou 41 mm.
Le verre est un saphir double dôme d’une épaisseur de 2,20 mm et dispose d’un traitement antireflet interne qui améliore un tout petit peu la lisibilité.
La lunette est en céramique et gradué 0–60, avec un repère luminescent à 12h (Super-LumiNova Grade A) : son rendu est MAGNIFIQUE !
Côté cadran et aiguilles :
- Le cadran est laqué brillant bleu sur notre modèle.
- Les index et aiguilles sont appliqués en acier inoxydable et polis.
- Tous les index et aiguilles sont traités au Super-LumiNova Grade A : la lume est forte et dure très longtemps.
Le bracelet scale est en acier 316L avec une finition brossée, et dispose d’un système de micro-réglage adaptatif coulissant pour un ajustement précis. Peut-être un des plus beaux bracelets acier de toute la production horlogère…



La couronne est vissée et porte le logo Yema embossé.
Son calibre !
Le mouvement CMM10 est sur sa 2ème année et est totalement fiabilisé, on ne peut donc presque plus lui reprocher sa jeunesse.
Le CMM10 (Calibre Manufacture Morteau 10) est la nouvelle arme de Yema, un mouvement automatique qui affiche une précision chronométrique réglée entre –3 et +5 secondes par jour, avec une réserve de marche massive de 70 heures. Il fonctionne à une fréquence de 4 Hz (28 800 A/h) et intègre des composants anti-choc (Incabloc double cône) et des matériaux non magnétiques pour assurer une robustesse à toute épreuve.

Ce n’est pas seulement un mouvement “in-house” : il est conçu, assemblé et régulé dans les ateliers Yema de Morteau, avec des ponts et platines fabriqués localement et des organes réglants suisses.
En bref : le CMM.10 est un mouvement au cœur d’une véritable ambition horlogère : puissance, précision et caractère français dans un même calibre.
Conclusion
Alors oui on l’aime à Gros Calibre cette Superman Dato CMM10 car elle est super bien finie et son mouvement est vraiment manufacture mais nous sommes aussi conscient qu’elle perd de son ADN historique donc voilà ce que je vous propose :
- Vous n’avez pas encore de Superman dans votre collection et vous adorez le bloc lunette physique : foncez sur une Superman CMM10 (Heritage ou Guilt).
- Comme votre serviteur, vous disposez de plus de 20 Superman ou vous n’aimez pas le système de bloc à l’ancienne car trop contraignant, alors foncez sur cette Dato car elle est belle et dispose de finitions excellentes.
Son prix : 1 890€ TTC avec une garantie de 5 ans.
Nous somme déjà à la fin de cette article et nous voulions remercier Nicolas Morel du service presse de LIP pour le prêt de la Nautic 666, Charlie Menetrier pour celui de la Concordia GMT et Christopher Bôle pour le prototype de la Superman, la version que nous avions commandée était encore en fabrication lorsque nous avons commencé la rédaction de l’article.
Ce fut un plaisir de tester ces trois plongeuses françaises, nous avons un beau patrimoine horloger et c’est une chance !
Voici le liens vers les belles :
Mike
Photos : Matthieu


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